dimanche 12 octobre 2014

Du virtuel au réel


J’ai déjà abordé le sujet du passage au fantasme à la réalité. J’aimerais revenir ici sur la différence entre le virtuel et le réel. J’entends par virtuel les échanges qui ne se concrétisent pas par une rencontre IRL (In Real Life), c’est à dire qui se contentent d’une ou plusieurs des modalités suivantes : MP (Message Privé sur les forums), mails, chat, téléphone, Skype, même si échanger par téléphone ou Skype constitue un pas majeur vers le réel.


Le virtuel

Le virtuel permet – et c’est sa force – de longs échanges sur un sujet qu’il n’est en général pas très facile à aborder au cours d’une soirée ;-). Les personnes rencontrées sur les forums et les blogs affichent la couleur, et il y a priori un intérêt commun. Les échanges virtuels permettent tranquillement d’échanger et de voir si l’intérêt commun se confirme ou non. Ils permettent aussi à chacun d’explorer son fantasme, surtout lorsqu’on est en phase de découverte et qu’on ne sait pas forcément ce que l’on désire et ce que l’on ne désire pas.  Mais l’une des caractéristiques principales, c’est que le premier sujet d’échange se situe d’emblée très loin dans l’intime, et se trouve donc investi d’une puissance émotionnelle très forte.


Le réel

Le réel – même s’il ne consiste qu’à se rencontrer pour prendre un verre – est un passage déterminant. Il permet de se rendre compte si le « feeling » est là. C’est à cet instant que l’on appréhende la personne dans son ensemble. La plupart du temps, dans la vie réelle, lors de nos rencontres –  dans un bar, en boîte, sur les bancs de l’université ou au travail, dans une association sportive ou culturelle, peu importe –  nous sommes attirés de manière instinctive vers telle ou telle personne, qui nous « plaît ». La façon dont cette personne parle, se comporte, son langage verbal, la manière dont elle s’habille, tout cela nous attire – ou pas – en fonction de notre propre histoire, en fonction de ce que nous sommes. A partir de là, s’il y a attirance réciproque, « compatibilité », il y a rapprochement : prendre un café, aller au cinéma, au restaurant, parler de soi. La découverte de l’autre va du général au particulier, de l’image extérieure à l’intime, et ce par degrés successifs. A chaque étape, il peut y avoir rupture, lorsque apparaît une incompatibilité de fond : opinions trop éloignées, valeurs non partagées, désirs trop différents. A contrario, au fur et à mesure de ces rapprochements, il y a le sentiment que la « compatibilité » est de plus en plus forte. Parler de nos fantasmes se situe en général longtemps après ces étapes, lorsqu’un degré d’intimité très fort est établi.  


Deux manières opposées de se découvrir

Ainsi, dans le virtuel et dans le contexte qui nous occupe, le processus de découverte de l’autre est exactement le contraire de ce qui se passe habituellement dans le réel : de l’intime au général dans le premier cas, et du général à l’intime dans le deuxième.


Réconcilier le virtuel et le réel

Lorsqu'on démarre une telle relation par le virtuel, se rencontrer au bout de quelques semaines d’échange – ou du moins envisager cette rencontre – me paraît être le moyen de donner une chance de synchroniser le réel et le virtuel avant qu’il n’y ait trop de décalage entre eux. Cela permet d’avancer, quelle que soit l’issue de la relation. Attendre trop longtemps, c’est risquer de s’imaginer l’autre non tel qu’il est, mais comme on voudrait qu’il soit. Et puis projeter pendant des mois et entretenir uniquement une relation virtuelle est quelque chose de frustrant pour moi.


En guise de conclusion

Le virtuel m’a permis d’étendre radicalement le champ de mes expériences personnelles, en me permettant d’échanger avec des personnes partageant des univers analogues au mien. Je n’aurai jamais fait cela sans Internet. J’ai parfois très longuement conversé en virtuel avec certaines princesses, parce que nous y trouvions chacun notre compte. Simplement, mon désir profond étant d’être au final dans le réel, il arrive qu’à un certain degré de partage, notamment en cas de « compatibilité », j’ai besoin que la relation s’établisse dans la « vraie » vie pour connaître la personne autrement que par le biais d'échanges virtuels (que je partage ensuite ou non d'ailleurs ce fantasme avec la princesse en question).

Quoiqu'il en soit, le plus important pour moi quand on démarre une relation en commençant par le virtuel est d’arriver à être le plus clair possible sur les désirs et les limites de chacun, et de voir si un terrain d’entente est possible ou non. C’est facile à écrire, moins facile à faire, mais après tout cela ressemble terriblement à la vraie vie :-). Bien sûr, il n'y a pas de règle. J'ai parfois rencontré très vite certaines personnes dans le réel, et parfois, même après de longs échanges et un partage d'univers semblables, le passage au réel ne s'est jamais fait. Comme tout un chacun j’imagine, je réalise mon propre bricolage entre le virtuel et le réel, parce que dans les deux cas, cela fait du bien de projeter, de désirer, en un mot, cela fait du bien de se sentir vivant :-).

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