jeudi 25 septembre 2014

…Baby one more time












  



C’était le début de l'après-midi. Depuis le matin, Laura se sentait triste et seule, peut-être à cause du temps gris, peut-être à cause de l’avenir qui lui semblait incertain. Allongée sur son lit depuis une bonne heure, ses pensées vagabondaient sans cesse d’un sujet à l’autre et elle n’arrivait pas à se décider à faire quoique ce soit. Remettre les choses au lendemain était devenu une sorte d’habitude, et même si elle ne se satisfaisait pas de cet état, elle n’arrivait pas à s’en détacher. Le driiiing! familier de son téléphone lui indiqua qu’elle venait de recevoir un SMS. Son doigt glissa sur l’écran de son smartphone. Sa meilleure amie l’invitait à sortir faire du shopping en fin d’après-midi. Pourquoi pas ? Ses placards étaient déjà pleins, mais il fallait bien renouveler de temps en temps sa garde-robe. Et cela finirait sans doute, comme à chaque fois, à refaire le monde autour d’un ou deux mojitos. Elle s’arracha à ses rêveries et se mit lentement à genoux. Elle avisa les compact discs bien rangés dans le petit meuble de pin posé contre le mur, au-dessus de son lit, et en parcourut machinalement les titres. Elle sourit en voyant l’album de Britney Spears que justement son amie d’enfance lui avait offert il y a quelques années. Ses doigts saisirent la tranche du CD, l’ouvrirent et retirèrent le disque argenté. Quelques secondes plus tard, le lecteur l’avala et le bruit léger et familier du moteur se mettant en route se fit entendre, comme un prélude d’entrée dans un espace sonore dans lequel elle aimait plonger. Les premiers accords plaqués sur le clavier de …Baby One More Time résonnèrent dans la chambre et la firent frémir. Elle se leva et fit face au large miroir installé contre le mur, où elle aimait se regarder danser. Combien d’heures avait-elle passé à répéter la chorégraphie de ce morceau ? Elle aurait été bien incapable d’en faire le compte. Mais un chiffre astronomique, très certainement. Elle avait adoré cette chanson, comme des milliers d’autres filles. Le thème en était universel : la séparation d’un garçon et d’une fille. Et cet appel à l’aide de la chanteuse qui murmurait ses regrets :

Oh baby baby, how was I supposed to know
That something wasn't right here
Oh baby baby, I shouldn't have let you go
And now you're out of sight yeah

Pourquoi les garçons qui abandonnaient les filles étaient-ils souvent les plus attirants ? Elle avait trouvé que le clip sonnait comme un cri de désespoir mais aussi comme une revanche, où Britney, en uniforme d’étudiante, laissait éclater sa féminité et séduisait tous les garçons qu’elle rencontrait. Comme si la musique et la danse lui permettaient d’exorciser le drame, de passer à autre chose. Mais il n’y avait pas que ce thème qui résonnait en elle. Laura avait été très sensible à l’univers cadré, codifié du collège américain, et en même temps – ou peut-être en était-ce la cause – diablement érotique. Devant la glace, elle s’était amusée de nombreuses fois à reproduire la tenue de la chanteuse : jupe courte, chemiser blanc noué sur le devant, laissant le nombril apparent, longues chaussettes grises. Lorsqu’elle avait découvert les paroles de la chanson, elle en avait fait une lecture nettement plus ambiguë, laissant son imagination courir sur les mots. Elle les connaissait depuis longtemps par cœur et se mit à les fredonner tout en se mettant à bouger lentement son corps devant la glace.

Chaque fois que Laura dansait, elle se sentait en accord avec elle-même. Elle prenait sa place, au sens littéral, dans l’espace. C’était comme si la musique la pénétrait, l’envahissait et se mettait à commander ses muscles. Et comme elle comprenait les paroles de cette chanson.

Show me how you want it to be
Montre-moi comment tu veux que cela soit …

Tell me baby, cuz I need to know now
Dis-moi, bébé, parce que j’ai besoin de savoir maintenant …

Give me a sign, hit me baby one more time
Donne-moi un signe, prends-moi une fois de plus … viens me retrouver … et pour être pardonnée … couche-moi en travers de tes genoux … et telle une petite fille … donne-moi la fessée …

Show me how you want it to be
Montre-moi comment agir … montre-moi la voie …

I must confess that my loneliness is killing me now
Don't you know I still believe
That you will be here and give me a sign
Hit me baby one more time
J’avoue que ma solitude me tue … ne sais-tu pas que j’y crois encore … que tu reviendras et que tu me feras un signe … c’est moi le bébé je le sais … j’en ai honte mais je sais … que si tu reviens … je finirai couchée … sur tes genoux … tu seras fière de moi … après … je veux être punie et pardonnée … déculottée … oh j’ai honte … mais cela me fera du bien de pleurer … et après tu me prendras … et alors … je saurai que nous nous serons retrouvés … punis-moi … donne-moi … donne-moi … donne-moi la fessée.

La chanson venait de se terminer. Epuisée, Laura se laissa tomber sur le lit. Elle se releva soudain, mit ses écouteurs et chercha rapidement dans sa playlist la version de la chanson reprise par Ahmet & Dweezil Zappa. Une reprise violente et sombre, dont les voix graves la faisaient chavirer. Elle se coucha en chien de fusil.

Show me how you want it to be.
Hit me baby one more time.

Elle s’imagina qu’il entrait dans la chambre. Elle respira plus fort. Oui, entendre ses reproches, baisser la tête, sentir dans son bas-ventre une sorte d’onde désagréable, puis des milliers de papillons s’envoler au moment d’être basculée. Elle fit lentement glisser sa petite culotte. Sa main s’immisça doucement entre ses cuisses et elle commença à se caresser en s’imaginant la scène. Déculottée. Fesses nues. Punie comme une gamine. Se débattant, en vain. Il voit mes fesses nues. Il voit mes fesses rouges. Il me punit. Mais il est là. Et, enfin, pleurant, se réfugier dans ses bras et chuchoter à son oreille :

Show me how you want it to be.
Hit me baby one more time.

Et s’entendre répondre :

You wanted it baby.
I hit you because I love you.

Laura ferma les yeux, ses doigts accélérèrent leur mouvement de va-et-vient et son corps fut envahi par un violent spasme quand elle s’abandonna enfin à son orgasme.

lundi 22 septembre 2014

La colère de Clémence – 3ème partie

Malgré ses protestations, Clémence sentit le short glisser sur ses fesses, ses cuisses, ses genoux … la petite culotte de coton apparut, moulant les deux petites pommes rebondies qui allaient continuer à subir les assauts d'une main ferme.

-         Sam ! Tu fais ch*** ! Non ! Aïe !
Clémence venait de recevoir une claque sèche sur la cuisse.

-         Clémence ! Je te prie de surveiller ton langage ! Tu veux que j'aille chercher le slapper que tu as vu tout à l'heure ? Je te signale que tu es déjà en train de recevoir une fessée, qui va finir déculottée. Mais s'il faut que j'emploie tout de suite les grands moyens, je peux le faire.
Clémence hésita. Dans son for intérieur, elle avait envie de continuer à protester, de continuer à provoquer Sam. Mais peut-être que pour une simple colère, il était plus prudent d’acquiescer. Elle repensa aux derniers résultats qu’elle avait obtenu à ses partiels. Sam avait semblé intéressé par le fait que la canne, la célèbre "cane" anglo-saxonne lui avait été déjà administrée. Peut-être en possédait-il lui aussi une, ou envisageait-il d'en faire l'acquisition ? Elle décida prudemment de ne pas insister.

-         Je ... non ... Excuse-moi ...
-         On ne s'excuse pas soi-même, jeune fille.

Les claques reprirent, avec la même régularité. Mais cette fois leur bruit n’était plus amorti par le tissu de velours, et seule la petite culotte de coton protégeait à présent son joli postérieur. Clémence grimaça et commença à battre des jambes.

-         Aie ! Ouye ! Tu me fais mal !
-         Clémence … une fessée n’est pas censée faire du bien, que je sache.

Les claques cessèrent. Clémence sentit de nouveau la main de Sam se poser sur ses fesses, et son index se diriger vers l’élastique de sa petite culotte.

-         Noooon ! Je ne veux pas ! Je ne veux pas !
-         Ah ? Tu veux faire une autre colère ?
-         Noooooooooon !

La petite culotte venait de finir de glisser, mettant à nu les deux jolis globes rebondis, rosis par les précédentes claques. Clémence n’eut pas le temps de continuer à protester. Elle sentit la main de Sam s’abattre vigoureusement sur ses fesses. Elle essaya de se dégager, mais fermement tenue, elle sentit que Sam la rapprochait pour bien la caler contre lui. Bizarrement, cela la sécurisa. Il maîtrisait la situation. Elle pouvait se laisser aller. Elle repensa à sa colère face à son entraîneur, sa mauvaise humeur face à Sam. Chaque claque semblait effacer un peu plus son comportement, la rapprochant du pardon. Enfin, après lui avoir rappelé une dernière fois sa conduite d’un ton sec, les claques s’arrêtèrent et la pression de Sam se relâcha. Une longue minute passa. Clémence était en larmes. Il la releva et l’assit sur ses genoux. Elle renifla.

-         Sam …
-         J’ai été sévère, n’est-ce pas ?
-         Oui …
-         Mais cela t’a fait du bien, n’est-ce pas ?
-         Oui …
-         Tu sais … je sais que tu en as besoin … et que ces fessées te feront progresser …
-         Mais … dis … tu … tu es déçu par moi ?
-         Clémence … Je sais que tu aspires à ce cadre. Et si je te punis, c’est pour que tu puisses évoluer. J’ai confiance en toi. Ce n’est parce que je te donne une fessée que je ne t’aime plus. C’est le contraire. Je m’occupe de toi. Et je sais que j’aurai de nouveau à le faire … n’est-ce pas ?
-         Sam … je …
-         Oui ?
-         Merci …

Clémence venait de serrer très fort Sam contre elle. Pelotonnée contre son corps, les fesses encore rouges, elle se sentait bien. Un sourire vint se glisser sur ses lèvres. Elle ferma les yeux. 

-         Et je crois que pour cette fois-ci, tu n’as pas besoin d’aller au coin …
-         Oui … je veux rester contre toi …
-         Mais ce ne sera pas toujours le cas.


Épilogue

La semaine suivante, le genou de Clémence la tirait un peu moins. Elle s’appliqua à réaliser calmement ses exercices. Elle n’avait pas forcé. Elle se sentait beaucoup plus sereine. A la fin de la séance, son entraîneur vint la rejoindre :

-         Clémence … ça va beaucoup mieux, j’ai l’impression … à la fois au physique et au moral. Tu es sur la bonne voie. Je te félicite. On dirait que tu as su canaliser ton énergie au bon endroit …
Clémence sentit une légère chaleur colorer ses joues.

-         Euh … oui, je crois … en quelque sorte … mais … merci.
Le compliment de son entraîneur lui était allé droit au cœur. Lorsqu’elle se changea dans le vestiaire et fit glisser contre ses fesses, ses cuisses et ses chevilles son petit short noir, elle repensa à la scène de la semaine précédente et une vague de chaleur traversa son ventre.  Elle savait qu’elle avait été comprise. La fessée de Sam lui avait remis les idées en place. Cette punition l'avait réconciliée avec elle-même, effaçant sa colère et son attitude insolente. Elle se sentit heureuse et sortit le cœur léger.

dimanche 21 septembre 2014

La colère de Clémence – 2ème partie

Clémence n’avait même pas pris le temps de se changer. Lorsqu’elle rentra dans l’appartement où Sam l’attendait, elle sentit que sa colère, loin d’être retombée, sourdait au fond d’elle-même.

En quelques phrases, elle lui raconta son entraînement. Sam avait été comme son entraîneur, compréhensif, et lui avait prodigué des paroles apaisantes. Mais cette attitude avait encore renforcé son exaspération.

-         Mais qu’est-ce que tu y connais, toi, d’abord, à la gym, hein ?
-         Oh … pas grand-chose … mais suffisamment pour apprécier la situation d’une manière générale et déceler que ton entraîneur t’a juste dit ce qu’il fallait … la vérité … il te faut être patiente.
-         Mais je m’en fiche d’être patiente ! Je m’en fiche de tes conseils ! Tu ne comprends rien à rien, de toute façon !
-         Clémence … calme-toi, s’il te plaît. Tu as atterri quatre fois sur tes fesses, et si tu continues tu vas atterrir sur mes genoux.
-         Je me calmerai si je veux ! Mon entraîneur est nul, je suis nulle, et toi aussi, d’ailleurs !

Clémence venait de crier. Elle n’avait pas remarqué l’agacement dans le ton de la voix de Sam. Celui-ci la regardait à présent d’un air sévère.

-         Eh bien Clémence, puisque tu ne te calmes pas toute seule, je vais te calmer, moi. Ou, plutôt, une bonne fessée va te calmer.

Le cœur de Clémence battit plus vite. Elle s’était pétrifiée en entendant le mot fessée. Elle se sentit soudain vulnérable, malgré son justaucorps qui, après tout, n’était pas facile à enlever pour ce genre d’exercice. Mais ses jambes nues, ses cuisses découvertes la rendaient vulnérable.

Comme s’il avait pensé à la même chose au même moment, Sam s’approcha de Clémence, lui prit le bras, la fit pivoter d’un quart de tour et sa main s’abattit sèchement sur sa cuisse gauche.
-         Aie !
-         Oui … c’est juste un avant-goût … tu montes et tu m’attends … tu vas recevoir la fessée, Clémence. Cela va t’aider à revenir sur terre.

Clémence avait senti une vague de papillons s’envoler dans son bas-ventre. Elle était montée sans rien dire, la gorge nouée, la tête baissée. Dans la chambre, elle s’était accroupie, recroquevillée contre le mur, les genoux pliés contre elle, ses mains entourant ses chevilles. La claque reçue sur sa cuisse était encore présente à son esprit. Non qu’elle ait été très douloureuse, mais en quelque sorte elle avait semblé annoncé la suite, comme un prélude à la punition qui l’attendait. Les larmes lui montèrent aux yeux. Une vague d’angoisse venait de la traverser. Elle savait que sa punition était inéluctable. Elle l’attendait, résignée, et en même temps aspirait à se retrouver enfin sur les genoux de Sam. Lâcher prise. Ne plus penser à rien. Subir les claques. Crier. Regretter. Demander pardon. Etre pardonnée. Etre libérée …

La porte s’ouvrit. Clémence se sentit toute petite. Sam rentra, et lui ordonna :

-         Debout.

Clémence, comme dans un rêve, se leva et fit face à celui qui, elle le savait, allait la coucher dans quelques instants sur ses genoux. Comme une gamine. Lui administrant une fessée déculottée.

-         Sam …

Son regard était implorant. Elle fit un pas vers lui, hésita et s’arrêta.

-         Je …
-         Tu n’es pas très bien, n’est-ce pas ?

Sa voix était redevenue douce. Il avait perçu dans l’intonation de Clémence, dans son hésitation un besoin profond d’être rassurée.

-         Sam …
-         Viens.

Il lui ouvrit les bras. Elle s’y réfugia. Il l’entoura et lui caressa doucement le dos. Il sentit qu’elle se calmait.

-         Clémence … tu sais que je n’aime pas quand tu es en colère, n’est-ce pas ?
-         Oui …
-         Surtout quand elle n’est pas justifiée.
-         Oui …
-         Et tu sais ce dont tu as besoin, dans ces moments-là ?
-         Oui …
-         Clémence … tu sais que je vais te la donner, cette fessée … parce que tu en as vraiment besoin. Mais même si une fessée n’est pas agréable, tu sais que je ne t’en voudrais plus, après ?
-         Oui …

Clémence avait murmuré un « oui » presque inaudible. Elle lui sut gré à l’intérieur d’elle-même de ce moment de tendresse, de ce rapprochement de leurs corps, de ces mots. Elle se sentait honteuse. Elle avait maintenant hâte d’en finir.

-         Bien. Je te laisse cinq minutes, tu vas enlever ton justaucorps, et revenir en petite culotte, en tee-shirt et en short. Ce sera plus facile de s’expliquer.

Clémence leva les yeux, voulut protester, mais baissa les yeux. Sam avait raison. Elle méritait cette fessée. Elle y aspirait, maintenant, de tout son être. Elle obéirait. Elle se dirigea comme un automate dans la salle de bains. Quand elle revint, Sam était assis sur la chaise qu’il avait disposée au milieu de la chambre. D’un signe de tête, il lui indiqua d’approcher. Il lui tendit la main et la bascula doucement sur ses genoux. Clémence sentit sa main se poser sur son short noir et rester deux secondes en contact avec ses fesses, comme un instrument qui veut s’accorder avec le la donné par le piano lors d’un concert. Une pensée la traversa une seconde : « Un concert. C’est lui le chef d’orchestre. Il va battre la mesure … me mener … à la baguette. » Comme en écho à ces mots inaudibles, les claques commencèrent à s’abattre à un rythme régulier. Clémence recevait la fessée. Au bout d’une minute, Sam fit une pause :

-         Tout va bien ? Mademoiselle Clémence a fini sa colère ?

Elle détestait qu’il la morigène de cette façon.

-         Je te déteste !
-         J’imagine, bien oui. Et je crois que tu vas me détester encore un peu plus …

Clémence sentit une main s’immiscer entre le tissu du short et son dos.

-         Noooon !

samedi 20 septembre 2014

La colère de Clémence – 1ère partie














18h30. Clémence poussa en grimaçant la porte du vestiaire. A la vue de ses amies en train d’enfiler leur justaucorps, elle soupira. Deux semaines auparavant, elle s’était blessée de la manière la plus idiote qui soit. Son entraîneur lui avait proposé d’essayer le tapis de course, en lui vantant les mérites de travailler son endurance et son souffle de manière régulière. Si elle appréciait parfois les footings en plein air, elle avait tout de suite été attirée par l’idée de s’approprier un nouvel espace de jeu dans ce grand gymnase. Rajouter une séquence d’endurance, sur place, dans cette ambiance qu’elle affectionnait, entourée de filles partageant comme elles cette volonté de maîtriser leur corps, toujours à la recherche de cette sensation enivrante d’être en accord avec elle-même, centrée, dans l’instant. Et pour cela il fallait travailler, s’entraîner des heures, être régulière, tenace, volontaire. Clémence se remémora la séance de la dernière fois. La première image qui lui vint à l’esprit fut celle de son entraîneur qui lui avait présenté l’appareil, puis l’avait quitté en lui disant :

-         Je te laisse, je vais voir les autres. Tu mets une vitesse raisonnable, au début …

Clémence avait cherché dans son esprit ce qui pouvait correspondre pour elle à une vitesse « raisonnable ». Des années de gymnastique lui avaient donné une belle maîtrise de son corps. Elle avait pensé : « Je ne vais quand même pas trottiner comme une petite vieille … voyons … 10 km/h ? 12 ? 15 ? Allez, va pour 15 … si ça va trop vite je ralentirai … mais je tiendrai bien quelques minutes ! » . Clémence aimait se dépasser. Et la perspective de revenir voir son entraîneur en lui lançant d’un air détaché « Oh … c’était cool, j’ai fait 20 mn à 15 km/h » n’était pas pour lui déplaire. Et puis elle n’avait jamais vraiment bien compris ce que signifiait le mot « raisonnable ». Une fois sur le tapis, elle avait tapoté les touches du clavier jusqu’à ce que la mention « 15 km/h » apparaisse. Elle avait respiré un grand coup et appuyé  sur le bouton « START ». Malheureusement, c’était la première fois que Clémence essayait ce genre d’engin. Elle avait été surprise par l’accélération et avait eu à peine le temps d’esquisser quelques enjambées avant de pousser un cri.

-         Eeeeehhhhh ! Meeeerde !

Clémence avait trébuché. Son genou droit avait violemment heurté le bord du tapis. Elle s’était presque relevée en larmes. Après l’avoir secourue et vérifié qu’elle pouvait encore se mouvoir, son entraîneur lui avait immédiatement administré plusieurs pulvérisations de la bombe de froid qu’il gardait toujours à portée de main. La bombe était un peu trop proche de la distance recommandée, et le froid intense l’avait presque brûlée, mais en même temps soulagée. De toute façon, elle n’était pas douillette. Elle était surtout furieuse contre elle-même, se sentant ridicule d’avoir effectué une telle chute. Le médecin, consulté, lui avait imposé un arrêt de deux semaines. La reprise allait être dure.

-         Ah, Clémence, cool de te revoir ! Ca va mieux ?
-         Tu nous a manqué !

La sollicitude de ses amies lui fit chaud au cœur. Lorsqu’elle enfila à son tour son justaucorps et son short de velours noir, elle eut la sensation de revivre. Au début de la séance, à l’annonce de la douleur encore présente, son entraîneur lui avait bien précisé :

-         Clémence, tu reprends TRES doucement.

L’échauffement s’était bien déroulé. Mais lorsqu’elle entama les premiers enchaînements, Clémence dut se rendre à l’évidence : elle avait mal et peinait à retrouver son niveau habituel. Elle rageait de voir ses copines progresser et travailler de nouveaux exercices. Elle se sentait comme une débutante face à elles, et cette sensation devint vite insupportable.

-         Bon, Clémence, viens essayer le double salto.

Clémence se dirigea vers la piste d’élan, où l’une de ses camarades venait justement de s’élancer. Elle aimait particulièrement cette sensation de s’élancer dans l’espace, le trampoline agissant comme un amplificateur de mouvement, permettant de donner l’impulsion décisive. L’élasticité de la toile tendue ne pardonnait aucune erreur et demandait une très grande maîtrise de soi, particulièrement au niveau des appuis, mais offrait en retour la récompense d’une élévation suffisante pour tenter des mouvements complexes. Oui, cela lui ferait sans doute du bien. Clémence se positionna bien au centre, respira et démarra. La douleur lancinante était encore présente, mais suffisamment lointaine pour la traiter avec le mépris qu’il convenait. Ses pieds s’enfoncèrent dans la toile tendue, parfaitement synchronisés.  Clémence banda ses muscles pour effectuer le mouvement tant de fois exécuté de manière parfaite. Elle tourna deux fois et se prépara à la réception, jambes tendues. Mais contrairement à la prise d’élan, où l’élasticité du trampoline lui avait permis d’absorber l’impulsion, son genou droit ne supporta pas le choc de la réception sur le tapis. Elle trébucha et atterrit sur les fesses. Mortifiée, elle se leva et reprit sa place dans la file. « Non ! Je veux y arriver ! » pensa t’elle.

Au bout de trois essais successifs, Clémence n’avait toujours pas réussi à atterrir correctement. Elle était furieuse. Elle s’élança pour la quatrième fois avec une rage contenue, imaginant les sourires de ses camarades chaque fois qu’elle retombait dans cette position. Une débutante. Elle n’était qu’une débutante, songea t-elle.

-         Eeeeehhhh !

Déséquilibrée, Clémence venait de retomber une fois de plus sur les fesses. Elle se sentait trahie par son genou.

-         Fais chier !

Le cri avait retenti dans tout le gymnase, attirant tous les regards sur elle. Immédiatement, son entraîneur vint à sa rescousse.

-         Clémence … ne t’inquiète pas …c’est tout à fait normal, tu reprends …
-         Pffff … tu parles …
-         Tu dois passer par une période de réapprentissage. La douleur va passer petit à petit. Tu ne peux pas récupérer en un jour.

Plus son entraîneur était compréhensif, plus Clémence bouillait intérieurement.

-         Tu sais, d’ailleurs, j’ai vu des filles qui devaient repartir à zéro, après une chute comme celle que tu as faite. Tu as même de la chance de ne pas avoir tout perdu ! C’est tout à fait normal, ça.
-         Mais j’en ai strictement rien à foutre d’avoir de la chance, figure-toi !

Clémence, hors d’elle, se leva et partit se recroqueviller dans un coin du gymnase. Accroupie, dos contre le mur, la tête baissée, elle était au bord des larmes.  Lorsque son entraîneur revint vers elle avec une bouteille d'eau, elle s’en saisit et la jeta le plus loin possible en criant :

-         Fais chier ! Ca ne sert à rien ! Je n'y arriverai plus jamais comme avant !

Sur ce dernier éclat de voix, Clémence détourna son regard, se leva et partit dans la précipitation. Au fond d’elle-même, elle savait que son entraîneur avait raison, et que toute la colère qu’elle venait d’exprimer ne lui était pas destinée.

Histoires comme ça












Beaucoup d’histoires de Marion, qu’elles soient réelles ou fantasmées, m’ont été inspirées par mes rencontres et mes échanges avec de véritables princesses, et ce que je projetais de leur personnalité.

Pour faire suite aux Histoires pour endormir les petites princesses, les Histoires comme ça regroupent certains textes issus de ces rencontres, de ces échanges et parfois de ma seule imagination.

Lors d’une rencontre, inévitablement, l’univers de l’un rencontre l’univers de l’autre. Ecrire une histoire est finalement un moyen pour moi de restituer le désir de l’autre tel que je l’ai compris, de le découvrir, et d’imaginer si une rencontre est possible avec mon propre désir. Certaines de ces histoires sont susceptibles de vous amener sur des chemins de traverse par rapport aux aventures de Samuel et Marion, même si elles restent en général assez … cuisantes 0:-).

Le nouveau tag que je crée, Histoires comme ça, est un clin d’œil à Rudyard Kipling, ses Just So Stories, qui se transforment ici en Just So Stories for Little Princesses ;-). Et comme celles-ci se terminent par des poèmes, il se peut que je me laisse aller à en publier quelques uns, même si ce n’est pas mon mode d’expression habituel.

Avant que les commentaires des petites princesses se déchaînent en réclamant la première histoire, je vous annonce que la première partie sera publiée dès ce soir - si ces mêmes petites princesses sont sages, cela va sans dire !

jeudi 18 septembre 2014

Une demande à l'univers














C’est la rentrée. Comme l’indique fort justement le dernier commentaire sur mon blog, « les dates de rentrée ne sont pas les mêmes chez les éducateurs on dirait ;-) ». Mais c’est vrai que les précepteurs doivent s’occuper des petites princesses pendant l’année ET pendant les vacances, ce qui explique qu’ils aient parfois besoin de décompresser :-D. Les vacances estivales possèdent la caractéristique de nous sortir de notre quotidien. Nos amis partent, nous partons nous aussi, ou nous restons chez nous, parfois, et dans les deux cas cela provoque une coupure, une rupture, qui nous ressource ou nous bouscule, nous forçant à nous remettre en question. C’est aussi l’opportunité de voir les choses sous un autre angle. D’avancer. Quand tout va trop vite, quand nous nous laissons « embarquer » dans une situation qui ne nous convient pas, nous prenons le risque de subir les événements.

Lorsque j’ai commencé à écrire ce blog, mon but était de partager mon univers dans l’espoir de trouver une fille qui résonnerait avec celui-ci. Et c’est ce qui s’est passé, en fin de compte, mais pas de la manière dont je l’aurais imaginé. Cela a été plus long, mais aussi au-delà de ce que je pouvais imaginer. Il faut toujours se ménager la possibilité d’accueillir ce qui vient, ce qui est différent de ce que l’on avait imaginé. Se poser régulièrement la question : « Est-ce que cela me fait du bien ? Est-ce que cela me convient ? » pour ajuster en permanence son expérience et ses limites, tant il est vrai qu’explorer ce fantasme nous touche profondément.

Les rencontres ou échanges épistolaires que j’ai pu avoir grâce à ce blog m’ont fait partager l’intime avec une authenticité et une intensité rares. Il y a le soulagement de découvrir simplement que c’est possible, que d’autres partagent votre vision, que vous n’êtes pas seuls à vibrer de cette manière. J’ai souvent été bousculé, j’ai parfois été maladroit, même, quand cela résonnait trop fort et que je n’ai pas été dans le rythme de la personne, mais quoiqu’il en soit, j’ai beaucoup appris en définitive sur moi-même. J’ai appris à mieux comprendre les désirs des autres et à me positionner par rapport à mes propres désirs. Et j’ai fait de belles rencontres. Certaines princesses m’ont laissé pénétrer très loin leur univers (celles qui me reprocheraient un lapsus révélateur auraient vraiment l’esprit mal tourné ;-)).

Et alors, aujourd’hui, me direz-vous ? Une amie à qui je faisais part de mon désir, de ma frustration, de la difficulté certains soirs d’être seul, parce qu’échanger simplement de la tendresse est un besoin vital, m’a dit avec un sourire affectueux : « Fais une demande à l’univers. Il te répondra. » Les filles ont beaucoup plus d’intuition et de sensibilité que moi pour ces choses-là.

J'ai donc fait une demande à l’univers, mais comme on n’est jamais trop prudent, je prends aussi la précaution de le faire aussi sur ce blog 0:-). Ma demande ? Partager ce fantasme avec des princesses qui résonnent avec mon univers, qui auraient envie d’avancer, sans projeter a priori sur ce que doit être la rencontre. J’ai parfois joué le rôle d’initiateur, de précepteur, j’ai même été amoureux, rendez-vous compte, et j’ai surtout besoin de tendresse (comme me dirait l’une de mes correspondantes … on croit rêver !).

Et, en attendant, je vais reprendre ce blog en essayant d’être plus régulier pendant quelque temps (si, si, vous avez bien lu ! 0:-)).

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