jeudi 16 octobre 2014

Rêve de jeune fille















Clémence se réveilla doucement et bailla. Elle tendit paresseusement son bras vers le réveil dont les chiffres luminescents lui indiquèrent qu’il était 9h15.

-         Bon, ça va, songea-t-elle, il n’est pas trop tard.

Elle étendit ses jambes et savoura la sensation de sentir ses muscles s’étirer doucement. Elle songea aux heures passées à faire de la gymnastique, à rentrer en harmonie avec son corps et à la magie de voltiger dans l’espace, comme si elle en faisait partie intégrante. Elle regrettait d’avoir abandonné la compétition, mais elle ne pouvait pas le prendre le risque de continuer à se blesser. Heureusement, il lui restait la danse, et elle comptait bien utiliser à son profit l’expérience acquise pour continuer à développer ses talents. Et puis il y avait le tennis. Comme une danse invisible avec un adversaire. Se déplacer, frapper la balle, apprécier la trajectoire, anticiper le mouvement de l’autre, se replacer, recommencer. Un plaisir à l’état brut. Absorbée dans ses pensées, elle s’allongea sur le ventre. Elle pensait immanquablement que cette position serait celle qu’elle serait obligée d’adopter après que les deux globes rebondis de la partie arrière de son individu aient été châtiés. Recevoir une fessée. Elle s’imaginait souvent, au réveil, qu’il entre dans sa chambre, la grondant d’avoir paressé. Et elle, protestant, se rebellant, même. Elle n’avait pas l’habitude de se confronter à des limites. Depuis son enfance, ses parents lui cédaient quasiment tout. Elle avait ainsi développé des compétences en insolence, tricheries au lycée et autres joyeusetés sans jamais être inquiétée. Elle était ainsi passée des premières places lors des années de collège à un baccalauréat obtenu de justesse, sans aucune gloire. Et encore cela avait été-t-il très juste. Elle avait eu de la chance de tomber sur un examinateur bienveillant. Clémence savait pertinemment que les mots étaient devenus inutiles pour la raisonner, mais elle aspirait secrètement à ce qu’enfin un adulte la comprenne et, au lieu de baisser pavillon devant ses provocations, lui rétorque soudain :

-         Cela suffit, Clémence. Tu as été assez prévenue. Ton comportement doit changer. Assez palabré. Tu vas recevoir la fessée. Et ce autant de fois que nécessaire.

La simple évocation de ce mot la faisait à chaque fois rougir et perdre ses moyens. Elle savait qu’elle protesterait, tout en ne désirant qu’une chose, c’est que la punition promise soit mise à exécution. Clémence imaginait volontiers des scénarios dans lesquels son insolence et son manque de travail lui vaudrait d’être soudain basculée sur les genoux de celui qui lui administrerait sans coup férir une bonne déculottée. Au fond d’elle-même, elle aurait voulu expérimenter ces scénarios tant de fois couchés sur le papier, peut-être pour apprivoiser ce fantasme récurrent qui la poursuivait depuis tant d’années. Et puis, parfois, elle caressait l’idée qu’elle soit punie pour son comportement réel. Oui, elle n’était pas sérieuse. Oui, elle savait qu’elle gâchait ses capacités. Oui … elle aimerait sans doute être recadrée … Clémence se lova au fond de sa couette, s’étira de nouveau et s’arracha à ses pensées. Il était temps de se lever.

Après un petit-déjeuner rapide, elle prit une douche et se retrouva dans sa chambre, enveloppée dans une serviette. Elle était seule pour la journée. Elle aurait tout le temps pour ses essayages. Clémence ouvrit le tiroir de sa commode et en sortit doucement la petite jupe plissée bleu marine qu’elle s’était confectionnée. Une jupe courte, comme celles des collégiennes d’antan, ou encore celles que continuent à porter les étudiantes japonaises. Clémence aimait particulièrement les scénarios professeur-élève. Peut-être parce que ce scénario, classique au demeurant, lui permettait de se mettre dans la peau d’une gamine soumise à l’autorité d’un professeur, c’est à dire celui qui apprend, qui est conscient que son élève est susceptible de faire des erreurs, et de ce fait est tout autant prêt à la recadrer qu’à continuer à la guider par la suite. Ce scénario lui permettait d’exprimer une insouciance d’enfant et la possibilité de tester les limites dans un cadre propice à ses rêveries. Elle posa la jupe sur son lit, acheva de sécher son corps devant le miroir et enfila une jolie petite culotte aux couleurs pastel. Elle passa doucement ses mains sur ses fesses, imaginant se retrouver sur ses genoux dans cette tenue. Ses mains à lui seraient assurément en contact avec ses jolies courbes d’une manière beaucoup moins douce. Mon Dieu ! Elle était folle d’imaginer cela ! Mais à la simple pensée d’être maintenue sur ses genoux, battant des jambes, recevant la fessée, sur le point d’être déculottée et de sentir ses fesses commencer à cuire, à la simple évocation de la brosse ou de la ceinture qui pourraient s’inviter afin de « marquer le coup » - cette expression la fit sourire et frémir en même temps, des milliers de papillons s’envolèrent dans son ventre. Elle ne savait pas très bien pourquoi, mais elle savait que c’était un désir profondément ancré en elle. Sa première expérience l’avait déçue. Elle espérait que la prochaine, s’il y en avait une prochaine, serait différente. Elle enfila sa jupe, des socquettes blanches, un chemisier blanc froncé, légèrement cintré à la taille, flanqué de deux épaulettes. Elle esquissa un pas tournant devant sa glace. Une broche bleu marine pour tenir ses cheveux complèterait parfaitement le tableau. Elle s’imagina en collégienne indisciplinée, devant lui, qui jouerait le rôle du professeur intransigeant.

Une salle de classe. La fin de la journée. Elle s’apprêterait à sortir. Mais une voix la retiendrait :

-         Clémence. Restez ici je vous prie.
-         Euh … oui, Monsieur.
-         Et bien, Clémence, votre devoir ?
-         Je … je l’ai oublié.
-         Ah ! Tiens ! Comme c’est curieux … vous avez aussi oublié que je vous l’ai déjà réclamé hier ? Et que vous m’avez dit la même chose ?
-         Non …
-         Clémence. Je vous ai également précisé que je n’accepterai aucune excuse si vous ne me l’apportiez pas aujourd’hui.

Le cœur de Clémence s’accélérerait. Ses professeurs s’étaient toujours contentés d’un simple mot dans le bulletin, toujours signé par ses parents, qui, s’ils y jetaient un coup d’œil, faisaient semblant de gronder leur fille avec un air faussement scandalisé et un sourire à peine dissimulé. Mais avec lui ce serait différent.

-         Je vous ai prévenue, Clémence. Et je vous ai également annoncé la sanction encourue en cas de manque.
-         Mais … Monsieur …
-         Clémence. Vous avez ce devoir avec vous, oui ou non ?
-         C’est à dire que …
-         Oui ?
-         … que … c’est compliqué, en fait.
-         Clémence. Pour moi, au contraire, c’est très simple. Je vous ai prévenue hier que si je n’avais pas votre devoir aujourd’hui, cela serait la fessée. Vous avez même baissé les yeux et rougi.

Clémence le détesterait d’avoir noté ce détail révélant son trouble et de le lui rappeler.

-         Non ! Je ne veux pas !
-         Oh, j’imagine … les jeunes filles de votre âge ne viennent pas spontanément la réclamer, d’ordinaire.
-         Mais … ce … ce n’est pas si grave … c’est juste un devoir …
-         Clémence. N’avez-vous jamais songé au sens premier du mot devoir ? Un devoir doit être fait. Et quand une jeune fille ne fait pas ses devoirs, le rôle du professeur est de la rappeler à son devoir, si j’ose dire. Et dans votre cas précis, vous connaissez déjà la méthode que je vais employer.
-         Non !
-         Cela suffit, Clémence.

Clémence imagina qu’il se lève, agacé, lui saisissant le poignet. Elle se coucha sur son lit. Releva sa jupe et mit son bras dans le creux de ses reins, comme s’il était fermement maintenu. Elle cria :

-         Non ! Non ! S’il vous plaît ! Pas la fessée ! Pas la fessée !

De l’autre main elle essaya de se claquer la fesse. Elle frémit en imaginant être dans cette même position, basculée sur ses genoux, réellement maintenue, recevant réellement la fessée. Sa respiration s’accéléra. Elle fit glisser sa petite culotte sur ses cuisses.

-         Clémence. Il y a longtemps que tu la mérites, celle-là. Et ce n’est pas la peine de gigoter dans tous les sens, je ne vais pas te lâcher.
-         S’il vous plaît ! Je regrette ! Pas la culotte ! Nooooon ! Noooooooon !

L’orgasme qui l’emporta la laissa quelques instants tremblante. Elle songea qu’à ce moment précis elle aurait aimé réellement sentir ses fesses lui cuire. Peut-être qu’énervé par ses gesticulations aurait-il été chercher la brosse ? Peut-être aurait-il défait la ceinture de cuir noir de son jean pour la plier en deux et lui claquer vertement la peau déjà rougie ? Peut-être l’aurait-il obligé à se mettre à genoux au coin, fesses nues ? Et puis, après un moment qu’elle aurait de toute façon jugé trop long, elle l’aurait senti derrière elle. Elle se serait jetée dans ses bras.

-         Pardon … pardon … je … je suis désolée …
-         Tu vois ce qui arrive, n’est-ce pas, quand on franchit les limites ?
-         Oui …

De nouveau elle aurait arboré un air gêné, enfouie au creux de ses épaules, n’osant pas le regarder.

-         Dis … c’est fini ? Je suis pardonnée ?
-         Oui …

Une vague apaisante de bien-être aurait déferlé en elle. Il est là. Il va me consoler. Elle se serait blottie contre lui, sentant ses bras se refermer autour d’elle. Ressentant un mélange de honte et de soulagement. Honteuse d’être encore à moitié nue contre lui, d’avoir été punie, et soulagée que cela soit arrivé, que cela soit fini, et ne désirant qu’une chose, se noyer dans la tendresse qu’il manifestait à présent à son égard. Il m’écoute. Il me comprend. Il lui aurait murmuré  que c’était fini en lui caressant doucement les cheveux. Et puis, tout simplement, il aurait été là, contre elle, pour un long, un très long câlin, comme si elle avait besoin de se convaincre que les compteurs étaient remis à zéro, qu’elle pouvait repartir sur de nouvelles bases, qu’il lui faisait confiance.

Clémence ferma les yeux. Tout cela n’était qu’un rêve de jeune fille. Mais peut-être un jour ? Apaisée, Clémence se leva, défroissa sa jupe, se changea et sortit. Dehors le soleil l’enveloppa de ses rayons chauds. Cette année, elle avait un concours à préparer, une nouvelle étape dans sa vie à mener. La scène qu’elle venait de vivre virtuellement repassa dans son esprit.  Un sourire monta sur ses lèvres.

dimanche 12 octobre 2014

La dure vie des précepteurs


En échangeant l’autre jour avec une princesse sur les rencontres entre précepteurs et  princesses, celle-ci m’a envoyé une très jolie analogie. Avec sa permission je la reproduis ici.

Ce n’est pas toujours facile d'être précepteur ... surtout quand les petites princesses ne sont plus seulement désobéissantes mais deviennent véritablement pénibles. Mais bon, c'est avec l'expérience qu'on s'améliore ;-)

Vivre entouré de princesses, c'est comme être dans un jeu vidéo parfois ...

Il y a :

-         le niveau facile : les princesses qui font des bêtises de temps en temps mais qui se calment immédiatement quand tu hausses le ton ;

-         le niveau intermédiaire : les princesses qui font pas mal de bêtises et ne se calment pas toujours quand tu les grondes et à qui il faut parfois administrer une bonne correction pour qu'elles se calment ;

-         le niveau difficile : les princesses qui peuvent faire beaucoup de bêtises et avec qui il faut réagir immédiatement si on ne veut pas être dépassé par les crises. Si le niveau est difficile, c'est qu'il faut vraiment réussir à cerner la personnalité de la petite princesse et trouver les punitions adaptées qui réussissent à la calmer (du moins pour un temps ;-) ) ;

-         le niveau impossible : quand les petites princesses sont justes méchantes et qu'elles ne souhaitent pas vraiment partager quelque chose avec le précepteur mais plutôt s'imposer à lui ;

-         le niveau bonus : les princesses et le précepteur vivent une aventure différente des autres qui peut leur apporter à chacun quelque chose ;

-         le niveau final : là, il n'y a plus qu'une princesse mais c'est celle qui te correspond vraiment. Elle n’est pas facile à trouver et il faut déjà réussir tous les autres niveaux pour être un super précepteur. 

Tu vois c'est tout pareil, sauf que comme c'est pas virtuel, quand on perd une partie, c'est beaucoup plus difficile à accepter.
Je dois dire que j’ai adoré !

Du virtuel au réel


J’ai déjà abordé le sujet du passage au fantasme à la réalité. J’aimerais revenir ici sur la différence entre le virtuel et le réel. J’entends par virtuel les échanges qui ne se concrétisent pas par une rencontre IRL (In Real Life), c’est à dire qui se contentent d’une ou plusieurs des modalités suivantes : MP (Message Privé sur les forums), mails, chat, téléphone, Skype, même si échanger par téléphone ou Skype constitue un pas majeur vers le réel.


Le virtuel

Le virtuel permet – et c’est sa force – de longs échanges sur un sujet qu’il n’est en général pas très facile à aborder au cours d’une soirée ;-). Les personnes rencontrées sur les forums et les blogs affichent la couleur, et il y a priori un intérêt commun. Les échanges virtuels permettent tranquillement d’échanger et de voir si l’intérêt commun se confirme ou non. Ils permettent aussi à chacun d’explorer son fantasme, surtout lorsqu’on est en phase de découverte et qu’on ne sait pas forcément ce que l’on désire et ce que l’on ne désire pas.  Mais l’une des caractéristiques principales, c’est que le premier sujet d’échange se situe d’emblée très loin dans l’intime, et se trouve donc investi d’une puissance émotionnelle très forte.


Le réel

Le réel – même s’il ne consiste qu’à se rencontrer pour prendre un verre – est un passage déterminant. Il permet de se rendre compte si le « feeling » est là. C’est à cet instant que l’on appréhende la personne dans son ensemble. La plupart du temps, dans la vie réelle, lors de nos rencontres –  dans un bar, en boîte, sur les bancs de l’université ou au travail, dans une association sportive ou culturelle, peu importe –  nous sommes attirés de manière instinctive vers telle ou telle personne, qui nous « plaît ». La façon dont cette personne parle, se comporte, son langage verbal, la manière dont elle s’habille, tout cela nous attire – ou pas – en fonction de notre propre histoire, en fonction de ce que nous sommes. A partir de là, s’il y a attirance réciproque, « compatibilité », il y a rapprochement : prendre un café, aller au cinéma, au restaurant, parler de soi. La découverte de l’autre va du général au particulier, de l’image extérieure à l’intime, et ce par degrés successifs. A chaque étape, il peut y avoir rupture, lorsque apparaît une incompatibilité de fond : opinions trop éloignées, valeurs non partagées, désirs trop différents. A contrario, au fur et à mesure de ces rapprochements, il y a le sentiment que la « compatibilité » est de plus en plus forte. Parler de nos fantasmes se situe en général longtemps après ces étapes, lorsqu’un degré d’intimité très fort est établi.  


Deux manières opposées de se découvrir

Ainsi, dans le virtuel et dans le contexte qui nous occupe, le processus de découverte de l’autre est exactement le contraire de ce qui se passe habituellement dans le réel : de l’intime au général dans le premier cas, et du général à l’intime dans le deuxième.


Réconcilier le virtuel et le réel

Lorsqu'on démarre une telle relation par le virtuel, se rencontrer au bout de quelques semaines d’échange – ou du moins envisager cette rencontre – me paraît être le moyen de donner une chance de synchroniser le réel et le virtuel avant qu’il n’y ait trop de décalage entre eux. Cela permet d’avancer, quelle que soit l’issue de la relation. Attendre trop longtemps, c’est risquer de s’imaginer l’autre non tel qu’il est, mais comme on voudrait qu’il soit. Et puis projeter pendant des mois et entretenir uniquement une relation virtuelle est quelque chose de frustrant pour moi.


En guise de conclusion

Le virtuel m’a permis d’étendre radicalement le champ de mes expériences personnelles, en me permettant d’échanger avec des personnes partageant des univers analogues au mien. Je n’aurai jamais fait cela sans Internet. J’ai parfois très longuement conversé en virtuel avec certaines princesses, parce que nous y trouvions chacun notre compte. Simplement, mon désir profond étant d’être au final dans le réel, il arrive qu’à un certain degré de partage, notamment en cas de « compatibilité », j’ai besoin que la relation s’établisse dans la « vraie » vie pour connaître la personne autrement que par le biais d'échanges virtuels (que je partage ensuite ou non d'ailleurs ce fantasme avec la princesse en question).

Quoiqu'il en soit, le plus important pour moi quand on démarre une relation en commençant par le virtuel est d’arriver à être le plus clair possible sur les désirs et les limites de chacun, et de voir si un terrain d’entente est possible ou non. C’est facile à écrire, moins facile à faire, mais après tout cela ressemble terriblement à la vraie vie :-). Bien sûr, il n'y a pas de règle. J'ai parfois rencontré très vite certaines personnes dans le réel, et parfois, même après de longs échanges et un partage d'univers semblables, le passage au réel ne s'est jamais fait. Comme tout un chacun j’imagine, je réalise mon propre bricolage entre le virtuel et le réel, parce que dans les deux cas, cela fait du bien de projeter, de désirer, en un mot, cela fait du bien de se sentir vivant :-).

jeudi 25 septembre 2014

…Baby one more time












  



C’était le début de l'après-midi. Depuis le matin, Laura se sentait triste et seule, peut-être à cause du temps gris, peut-être à cause de l’avenir qui lui semblait incertain. Allongée sur son lit depuis une bonne heure, ses pensées vagabondaient sans cesse d’un sujet à l’autre et elle n’arrivait pas à se décider à faire quoique ce soit. Remettre les choses au lendemain était devenu une sorte d’habitude, et même si elle ne se satisfaisait pas de cet état, elle n’arrivait pas à s’en détacher. Le driiiing! familier de son téléphone lui indiqua qu’elle venait de recevoir un SMS. Son doigt glissa sur l’écran de son smartphone. Sa meilleure amie l’invitait à sortir faire du shopping en fin d’après-midi. Pourquoi pas ? Ses placards étaient déjà pleins, mais il fallait bien renouveler de temps en temps sa garde-robe. Et cela finirait sans doute, comme à chaque fois, à refaire le monde autour d’un ou deux mojitos. Elle s’arracha à ses rêveries et se mit lentement à genoux. Elle avisa les compact discs bien rangés dans le petit meuble de pin posé contre le mur, au-dessus de son lit, et en parcourut machinalement les titres. Elle sourit en voyant l’album de Britney Spears que justement son amie d’enfance lui avait offert il y a quelques années. Ses doigts saisirent la tranche du CD, l’ouvrirent et retirèrent le disque argenté. Quelques secondes plus tard, le lecteur l’avala et le bruit léger et familier du moteur se mettant en route se fit entendre, comme un prélude d’entrée dans un espace sonore dans lequel elle aimait plonger. Les premiers accords plaqués sur le clavier de …Baby One More Time résonnèrent dans la chambre et la firent frémir. Elle se leva et fit face au large miroir installé contre le mur, où elle aimait se regarder danser. Combien d’heures avait-elle passé à répéter la chorégraphie de ce morceau ? Elle aurait été bien incapable d’en faire le compte. Mais un chiffre astronomique, très certainement. Elle avait adoré cette chanson, comme des milliers d’autres filles. Le thème en était universel : la séparation d’un garçon et d’une fille. Et cet appel à l’aide de la chanteuse qui murmurait ses regrets :

Oh baby baby, how was I supposed to know
That something wasn't right here
Oh baby baby, I shouldn't have let you go
And now you're out of sight yeah

Pourquoi les garçons qui abandonnaient les filles étaient-ils souvent les plus attirants ? Elle avait trouvé que le clip sonnait comme un cri de désespoir mais aussi comme une revanche, où Britney, en uniforme d’étudiante, laissait éclater sa féminité et séduisait tous les garçons qu’elle rencontrait. Comme si la musique et la danse lui permettaient d’exorciser le drame, de passer à autre chose. Mais il n’y avait pas que ce thème qui résonnait en elle. Laura avait été très sensible à l’univers cadré, codifié du collège américain, et en même temps – ou peut-être en était-ce la cause – diablement érotique. Devant la glace, elle s’était amusée de nombreuses fois à reproduire la tenue de la chanteuse : jupe courte, chemiser blanc noué sur le devant, laissant le nombril apparent, longues chaussettes grises. Lorsqu’elle avait découvert les paroles de la chanson, elle en avait fait une lecture nettement plus ambiguë, laissant son imagination courir sur les mots. Elle les connaissait depuis longtemps par cœur et se mit à les fredonner tout en se mettant à bouger lentement son corps devant la glace.

Chaque fois que Laura dansait, elle se sentait en accord avec elle-même. Elle prenait sa place, au sens littéral, dans l’espace. C’était comme si la musique la pénétrait, l’envahissait et se mettait à commander ses muscles. Et comme elle comprenait les paroles de cette chanson.

Show me how you want it to be
Montre-moi comment tu veux que cela soit …

Tell me baby, cuz I need to know now
Dis-moi, bébé, parce que j’ai besoin de savoir maintenant …

Give me a sign, hit me baby one more time
Donne-moi un signe, prends-moi une fois de plus … viens me retrouver … et pour être pardonnée … couche-moi en travers de tes genoux … et telle une petite fille … donne-moi la fessée …

Show me how you want it to be
Montre-moi comment agir … montre-moi la voie …

I must confess that my loneliness is killing me now
Don't you know I still believe
That you will be here and give me a sign
Hit me baby one more time
J’avoue que ma solitude me tue … ne sais-tu pas que j’y crois encore … que tu reviendras et que tu me feras un signe … c’est moi le bébé je le sais … j’en ai honte mais je sais … que si tu reviens … je finirai couchée … sur tes genoux … tu seras fière de moi … après … je veux être punie et pardonnée … déculottée … oh j’ai honte … mais cela me fera du bien de pleurer … et après tu me prendras … et alors … je saurai que nous nous serons retrouvés … punis-moi … donne-moi … donne-moi … donne-moi la fessée.

La chanson venait de se terminer. Epuisée, Laura se laissa tomber sur le lit. Elle se releva soudain, mit ses écouteurs et chercha rapidement dans sa playlist la version de la chanson reprise par Ahmet & Dweezil Zappa. Une reprise violente et sombre, dont les voix graves la faisaient chavirer. Elle se coucha en chien de fusil.

Show me how you want it to be.
Hit me baby one more time.

Elle s’imagina qu’il entrait dans la chambre. Elle respira plus fort. Oui, entendre ses reproches, baisser la tête, sentir dans son bas-ventre une sorte d’onde désagréable, puis des milliers de papillons s’envoler au moment d’être basculée. Elle fit lentement glisser sa petite culotte. Sa main s’immisça doucement entre ses cuisses et elle commença à se caresser en s’imaginant la scène. Déculottée. Fesses nues. Punie comme une gamine. Se débattant, en vain. Il voit mes fesses nues. Il voit mes fesses rouges. Il me punit. Mais il est là. Et, enfin, pleurant, se réfugier dans ses bras et chuchoter à son oreille :

Show me how you want it to be.
Hit me baby one more time.

Et s’entendre répondre :

You wanted it baby.
I hit you because I love you.

Laura ferma les yeux, ses doigts accélérèrent leur mouvement de va-et-vient et son corps fut envahi par un violent spasme quand elle s’abandonna enfin à son orgasme.

lundi 22 septembre 2014

La colère de Clémence – 3ème partie

Malgré ses protestations, Clémence sentit le short glisser sur ses fesses, ses cuisses, ses genoux … la petite culotte de coton apparut, moulant les deux petites pommes rebondies qui allaient continuer à subir les assauts d'une main ferme.

-         Sam ! Tu fais ch*** ! Non ! Aïe !
Clémence venait de recevoir une claque sèche sur la cuisse.

-         Clémence ! Je te prie de surveiller ton langage ! Tu veux que j'aille chercher le slapper que tu as vu tout à l'heure ? Je te signale que tu es déjà en train de recevoir une fessée, qui va finir déculottée. Mais s'il faut que j'emploie tout de suite les grands moyens, je peux le faire.
Clémence hésita. Dans son for intérieur, elle avait envie de continuer à protester, de continuer à provoquer Sam. Mais peut-être que pour une simple colère, il était plus prudent d’acquiescer. Elle repensa aux derniers résultats qu’elle avait obtenu à ses partiels. Sam avait semblé intéressé par le fait que la canne, la célèbre "cane" anglo-saxonne lui avait été déjà administrée. Peut-être en possédait-il lui aussi une, ou envisageait-il d'en faire l'acquisition ? Elle décida prudemment de ne pas insister.

-         Je ... non ... Excuse-moi ...
-         On ne s'excuse pas soi-même, jeune fille.

Les claques reprirent, avec la même régularité. Mais cette fois leur bruit n’était plus amorti par le tissu de velours, et seule la petite culotte de coton protégeait à présent son joli postérieur. Clémence grimaça et commença à battre des jambes.

-         Aie ! Ouye ! Tu me fais mal !
-         Clémence … une fessée n’est pas censée faire du bien, que je sache.

Les claques cessèrent. Clémence sentit de nouveau la main de Sam se poser sur ses fesses, et son index se diriger vers l’élastique de sa petite culotte.

-         Noooon ! Je ne veux pas ! Je ne veux pas !
-         Ah ? Tu veux faire une autre colère ?
-         Noooooooooon !

La petite culotte venait de finir de glisser, mettant à nu les deux jolis globes rebondis, rosis par les précédentes claques. Clémence n’eut pas le temps de continuer à protester. Elle sentit la main de Sam s’abattre vigoureusement sur ses fesses. Elle essaya de se dégager, mais fermement tenue, elle sentit que Sam la rapprochait pour bien la caler contre lui. Bizarrement, cela la sécurisa. Il maîtrisait la situation. Elle pouvait se laisser aller. Elle repensa à sa colère face à son entraîneur, sa mauvaise humeur face à Sam. Chaque claque semblait effacer un peu plus son comportement, la rapprochant du pardon. Enfin, après lui avoir rappelé une dernière fois sa conduite d’un ton sec, les claques s’arrêtèrent et la pression de Sam se relâcha. Une longue minute passa. Clémence était en larmes. Il la releva et l’assit sur ses genoux. Elle renifla.

-         Sam …
-         J’ai été sévère, n’est-ce pas ?
-         Oui …
-         Mais cela t’a fait du bien, n’est-ce pas ?
-         Oui …
-         Tu sais … je sais que tu en as besoin … et que ces fessées te feront progresser …
-         Mais … dis … tu … tu es déçu par moi ?
-         Clémence … Je sais que tu aspires à ce cadre. Et si je te punis, c’est pour que tu puisses évoluer. J’ai confiance en toi. Ce n’est parce que je te donne une fessée que je ne t’aime plus. C’est le contraire. Je m’occupe de toi. Et je sais que j’aurai de nouveau à le faire … n’est-ce pas ?
-         Sam … je …
-         Oui ?
-         Merci …

Clémence venait de serrer très fort Sam contre elle. Pelotonnée contre son corps, les fesses encore rouges, elle se sentait bien. Un sourire vint se glisser sur ses lèvres. Elle ferma les yeux. 

-         Et je crois que pour cette fois-ci, tu n’as pas besoin d’aller au coin …
-         Oui … je veux rester contre toi …
-         Mais ce ne sera pas toujours le cas.


Épilogue

La semaine suivante, le genou de Clémence la tirait un peu moins. Elle s’appliqua à réaliser calmement ses exercices. Elle n’avait pas forcé. Elle se sentait beaucoup plus sereine. A la fin de la séance, son entraîneur vint la rejoindre :

-         Clémence … ça va beaucoup mieux, j’ai l’impression … à la fois au physique et au moral. Tu es sur la bonne voie. Je te félicite. On dirait que tu as su canaliser ton énergie au bon endroit …
Clémence sentit une légère chaleur colorer ses joues.

-         Euh … oui, je crois … en quelque sorte … mais … merci.
Le compliment de son entraîneur lui était allé droit au cœur. Lorsqu’elle se changea dans le vestiaire et fit glisser contre ses fesses, ses cuisses et ses chevilles son petit short noir, elle repensa à la scène de la semaine précédente et une vague de chaleur traversa son ventre.  Elle savait qu’elle avait été comprise. La fessée de Sam lui avait remis les idées en place. Cette punition l'avait réconciliée avec elle-même, effaçant sa colère et son attitude insolente. Elle se sentit heureuse et sortit le cœur léger.

dimanche 21 septembre 2014

La colère de Clémence – 2ème partie

Clémence n’avait même pas pris le temps de se changer. Lorsqu’elle rentra dans l’appartement où Sam l’attendait, elle sentit que sa colère, loin d’être retombée, sourdait au fond d’elle-même.

En quelques phrases, elle lui raconta son entraînement. Sam avait été comme son entraîneur, compréhensif, et lui avait prodigué des paroles apaisantes. Mais cette attitude avait encore renforcé son exaspération.

-         Mais qu’est-ce que tu y connais, toi, d’abord, à la gym, hein ?
-         Oh … pas grand-chose … mais suffisamment pour apprécier la situation d’une manière générale et déceler que ton entraîneur t’a juste dit ce qu’il fallait … la vérité … il te faut être patiente.
-         Mais je m’en fiche d’être patiente ! Je m’en fiche de tes conseils ! Tu ne comprends rien à rien, de toute façon !
-         Clémence … calme-toi, s’il te plaît. Tu as atterri quatre fois sur tes fesses, et si tu continues tu vas atterrir sur mes genoux.
-         Je me calmerai si je veux ! Mon entraîneur est nul, je suis nulle, et toi aussi, d’ailleurs !

Clémence venait de crier. Elle n’avait pas remarqué l’agacement dans le ton de la voix de Sam. Celui-ci la regardait à présent d’un air sévère.

-         Eh bien Clémence, puisque tu ne te calmes pas toute seule, je vais te calmer, moi. Ou, plutôt, une bonne fessée va te calmer.

Le cœur de Clémence battit plus vite. Elle s’était pétrifiée en entendant le mot fessée. Elle se sentit soudain vulnérable, malgré son justaucorps qui, après tout, n’était pas facile à enlever pour ce genre d’exercice. Mais ses jambes nues, ses cuisses découvertes la rendaient vulnérable.

Comme s’il avait pensé à la même chose au même moment, Sam s’approcha de Clémence, lui prit le bras, la fit pivoter d’un quart de tour et sa main s’abattit sèchement sur sa cuisse gauche.
-         Aie !
-         Oui … c’est juste un avant-goût … tu montes et tu m’attends … tu vas recevoir la fessée, Clémence. Cela va t’aider à revenir sur terre.

Clémence avait senti une vague de papillons s’envoler dans son bas-ventre. Elle était montée sans rien dire, la gorge nouée, la tête baissée. Dans la chambre, elle s’était accroupie, recroquevillée contre le mur, les genoux pliés contre elle, ses mains entourant ses chevilles. La claque reçue sur sa cuisse était encore présente à son esprit. Non qu’elle ait été très douloureuse, mais en quelque sorte elle avait semblé annoncé la suite, comme un prélude à la punition qui l’attendait. Les larmes lui montèrent aux yeux. Une vague d’angoisse venait de la traverser. Elle savait que sa punition était inéluctable. Elle l’attendait, résignée, et en même temps aspirait à se retrouver enfin sur les genoux de Sam. Lâcher prise. Ne plus penser à rien. Subir les claques. Crier. Regretter. Demander pardon. Etre pardonnée. Etre libérée …

La porte s’ouvrit. Clémence se sentit toute petite. Sam rentra, et lui ordonna :

-         Debout.

Clémence, comme dans un rêve, se leva et fit face à celui qui, elle le savait, allait la coucher dans quelques instants sur ses genoux. Comme une gamine. Lui administrant une fessée déculottée.

-         Sam …

Son regard était implorant. Elle fit un pas vers lui, hésita et s’arrêta.

-         Je …
-         Tu n’es pas très bien, n’est-ce pas ?

Sa voix était redevenue douce. Il avait perçu dans l’intonation de Clémence, dans son hésitation un besoin profond d’être rassurée.

-         Sam …
-         Viens.

Il lui ouvrit les bras. Elle s’y réfugia. Il l’entoura et lui caressa doucement le dos. Il sentit qu’elle se calmait.

-         Clémence … tu sais que je n’aime pas quand tu es en colère, n’est-ce pas ?
-         Oui …
-         Surtout quand elle n’est pas justifiée.
-         Oui …
-         Et tu sais ce dont tu as besoin, dans ces moments-là ?
-         Oui …
-         Clémence … tu sais que je vais te la donner, cette fessée … parce que tu en as vraiment besoin. Mais même si une fessée n’est pas agréable, tu sais que je ne t’en voudrais plus, après ?
-         Oui …

Clémence avait murmuré un « oui » presque inaudible. Elle lui sut gré à l’intérieur d’elle-même de ce moment de tendresse, de ce rapprochement de leurs corps, de ces mots. Elle se sentait honteuse. Elle avait maintenant hâte d’en finir.

-         Bien. Je te laisse cinq minutes, tu vas enlever ton justaucorps, et revenir en petite culotte, en tee-shirt et en short. Ce sera plus facile de s’expliquer.

Clémence leva les yeux, voulut protester, mais baissa les yeux. Sam avait raison. Elle méritait cette fessée. Elle y aspirait, maintenant, de tout son être. Elle obéirait. Elle se dirigea comme un automate dans la salle de bains. Quand elle revint, Sam était assis sur la chaise qu’il avait disposée au milieu de la chambre. D’un signe de tête, il lui indiqua d’approcher. Il lui tendit la main et la bascula doucement sur ses genoux. Clémence sentit sa main se poser sur son short noir et rester deux secondes en contact avec ses fesses, comme un instrument qui veut s’accorder avec le la donné par le piano lors d’un concert. Une pensée la traversa une seconde : « Un concert. C’est lui le chef d’orchestre. Il va battre la mesure … me mener … à la baguette. » Comme en écho à ces mots inaudibles, les claques commencèrent à s’abattre à un rythme régulier. Clémence recevait la fessée. Au bout d’une minute, Sam fit une pause :

-         Tout va bien ? Mademoiselle Clémence a fini sa colère ?

Elle détestait qu’il la morigène de cette façon.

-         Je te déteste !
-         J’imagine, bien oui. Et je crois que tu vas me détester encore un peu plus …

Clémence sentit une main s’immiscer entre le tissu du short et son dos.

-         Noooon !

samedi 20 septembre 2014

La colère de Clémence – 1ère partie














18h30. Clémence poussa en grimaçant la porte du vestiaire. A la vue de ses amies en train d’enfiler leur justaucorps, elle soupira. Deux semaines auparavant, elle s’était blessée de la manière la plus idiote qui soit. Son entraîneur lui avait proposé d’essayer le tapis de course, en lui vantant les mérites de travailler son endurance et son souffle de manière régulière. Si elle appréciait parfois les footings en plein air, elle avait tout de suite été attirée par l’idée de s’approprier un nouvel espace de jeu dans ce grand gymnase. Rajouter une séquence d’endurance, sur place, dans cette ambiance qu’elle affectionnait, entourée de filles partageant comme elles cette volonté de maîtriser leur corps, toujours à la recherche de cette sensation enivrante d’être en accord avec elle-même, centrée, dans l’instant. Et pour cela il fallait travailler, s’entraîner des heures, être régulière, tenace, volontaire. Clémence se remémora la séance de la dernière fois. La première image qui lui vint à l’esprit fut celle de son entraîneur qui lui avait présenté l’appareil, puis l’avait quitté en lui disant :

-         Je te laisse, je vais voir les autres. Tu mets une vitesse raisonnable, au début …

Clémence avait cherché dans son esprit ce qui pouvait correspondre pour elle à une vitesse « raisonnable ». Des années de gymnastique lui avaient donné une belle maîtrise de son corps. Elle avait pensé : « Je ne vais quand même pas trottiner comme une petite vieille … voyons … 10 km/h ? 12 ? 15 ? Allez, va pour 15 … si ça va trop vite je ralentirai … mais je tiendrai bien quelques minutes ! » . Clémence aimait se dépasser. Et la perspective de revenir voir son entraîneur en lui lançant d’un air détaché « Oh … c’était cool, j’ai fait 20 mn à 15 km/h » n’était pas pour lui déplaire. Et puis elle n’avait jamais vraiment bien compris ce que signifiait le mot « raisonnable ». Une fois sur le tapis, elle avait tapoté les touches du clavier jusqu’à ce que la mention « 15 km/h » apparaisse. Elle avait respiré un grand coup et appuyé  sur le bouton « START ». Malheureusement, c’était la première fois que Clémence essayait ce genre d’engin. Elle avait été surprise par l’accélération et avait eu à peine le temps d’esquisser quelques enjambées avant de pousser un cri.

-         Eeeeehhhhh ! Meeeerde !

Clémence avait trébuché. Son genou droit avait violemment heurté le bord du tapis. Elle s’était presque relevée en larmes. Après l’avoir secourue et vérifié qu’elle pouvait encore se mouvoir, son entraîneur lui avait immédiatement administré plusieurs pulvérisations de la bombe de froid qu’il gardait toujours à portée de main. La bombe était un peu trop proche de la distance recommandée, et le froid intense l’avait presque brûlée, mais en même temps soulagée. De toute façon, elle n’était pas douillette. Elle était surtout furieuse contre elle-même, se sentant ridicule d’avoir effectué une telle chute. Le médecin, consulté, lui avait imposé un arrêt de deux semaines. La reprise allait être dure.

-         Ah, Clémence, cool de te revoir ! Ca va mieux ?
-         Tu nous a manqué !

La sollicitude de ses amies lui fit chaud au cœur. Lorsqu’elle enfila à son tour son justaucorps et son short de velours noir, elle eut la sensation de revivre. Au début de la séance, à l’annonce de la douleur encore présente, son entraîneur lui avait bien précisé :

-         Clémence, tu reprends TRES doucement.

L’échauffement s’était bien déroulé. Mais lorsqu’elle entama les premiers enchaînements, Clémence dut se rendre à l’évidence : elle avait mal et peinait à retrouver son niveau habituel. Elle rageait de voir ses copines progresser et travailler de nouveaux exercices. Elle se sentait comme une débutante face à elles, et cette sensation devint vite insupportable.

-         Bon, Clémence, viens essayer le double salto.

Clémence se dirigea vers la piste d’élan, où l’une de ses camarades venait justement de s’élancer. Elle aimait particulièrement cette sensation de s’élancer dans l’espace, le trampoline agissant comme un amplificateur de mouvement, permettant de donner l’impulsion décisive. L’élasticité de la toile tendue ne pardonnait aucune erreur et demandait une très grande maîtrise de soi, particulièrement au niveau des appuis, mais offrait en retour la récompense d’une élévation suffisante pour tenter des mouvements complexes. Oui, cela lui ferait sans doute du bien. Clémence se positionna bien au centre, respira et démarra. La douleur lancinante était encore présente, mais suffisamment lointaine pour la traiter avec le mépris qu’il convenait. Ses pieds s’enfoncèrent dans la toile tendue, parfaitement synchronisés.  Clémence banda ses muscles pour effectuer le mouvement tant de fois exécuté de manière parfaite. Elle tourna deux fois et se prépara à la réception, jambes tendues. Mais contrairement à la prise d’élan, où l’élasticité du trampoline lui avait permis d’absorber l’impulsion, son genou droit ne supporta pas le choc de la réception sur le tapis. Elle trébucha et atterrit sur les fesses. Mortifiée, elle se leva et reprit sa place dans la file. « Non ! Je veux y arriver ! » pensa t’elle.

Au bout de trois essais successifs, Clémence n’avait toujours pas réussi à atterrir correctement. Elle était furieuse. Elle s’élança pour la quatrième fois avec une rage contenue, imaginant les sourires de ses camarades chaque fois qu’elle retombait dans cette position. Une débutante. Elle n’était qu’une débutante, songea t-elle.

-         Eeeeehhhh !

Déséquilibrée, Clémence venait de retomber une fois de plus sur les fesses. Elle se sentait trahie par son genou.

-         Fais chier !

Le cri avait retenti dans tout le gymnase, attirant tous les regards sur elle. Immédiatement, son entraîneur vint à sa rescousse.

-         Clémence … ne t’inquiète pas …c’est tout à fait normal, tu reprends …
-         Pffff … tu parles …
-         Tu dois passer par une période de réapprentissage. La douleur va passer petit à petit. Tu ne peux pas récupérer en un jour.

Plus son entraîneur était compréhensif, plus Clémence bouillait intérieurement.

-         Tu sais, d’ailleurs, j’ai vu des filles qui devaient repartir à zéro, après une chute comme celle que tu as faite. Tu as même de la chance de ne pas avoir tout perdu ! C’est tout à fait normal, ça.
-         Mais j’en ai strictement rien à foutre d’avoir de la chance, figure-toi !

Clémence, hors d’elle, se leva et partit se recroqueviller dans un coin du gymnase. Accroupie, dos contre le mur, la tête baissée, elle était au bord des larmes.  Lorsque son entraîneur revint vers elle avec une bouteille d'eau, elle s’en saisit et la jeta le plus loin possible en criant :

-         Fais chier ! Ca ne sert à rien ! Je n'y arriverai plus jamais comme avant !

Sur ce dernier éclat de voix, Clémence détourna son regard, se leva et partit dans la précipitation. Au fond d’elle-même, elle savait que son entraîneur avait raison, et que toute la colère qu’elle venait d’exprimer ne lui était pas destinée.

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