jeudi 23 juin 2011

Nobody said it was easy













- Et alors ?
- Alors ça va ça vient.
- J'aime bien la théorie suivante : les rencontres que nous faisons, quand nous nous donnons la peine de nous projeter dans le monde sans attendre que l'autre vienne sonner comme par magie à notre porte, sont celles qui nous conviennent. Elles vont peut-être nous faire souffrir parfois, mais grandir aussi. Et il nous appartient de les nourrir, de les faire évoluer, sans en avoir peur.
- Peur ?
- Oui, parce que toute rencontre nous change et change l'autre. Cela passe par des remises en question, des adaptations.
- Ce n'est pas toujours facile ...
- Nobody said it was easy.*

* Coldplay - The Scientist

mercredi 1 juin 2011

Avancer













Avancer ... suivre sa voie ... vaste programme ... qui nécessite parfois de ne pas suivre le sens du vent, de lutter contre ce qui nous parait évident. Ce n'est pas toujours confortable. Comme pour une jeune femme de se retrouver sur les genoux de quelqu'un ... Rire ! Non, non, je ne fais aucune allusion ... ce blog est très sérieux !

La fessée : une pratique infantilisante ?

Comme on peut le lire au travers de mes récits, le plaisir que je prends dans ce fantasme de fessée est fortement lié au schéma dans lequel ma partenaire redevient en quelque sorte petite fille, infantilisée, recevant "la punition des enfants" comme dirait Jean-Jacques. Ce type de situation n'est pas le seul "modèle", loin s'en faut, mais il est assez répandu de manière plus ou moins explicite. Je l'ai constaté au travers des lectures de blogs, de forums ou d'échanges directs.

Sans tomber dans la psychologie de bazar ou les interprétations trop hâtives, je pense que l'on peut avancer plusieurs pistes pour, sinon expliquer cet état de fait, du moins réfléchir sur les racines de ce fantasme s'exprimant de cette manière.

La psychanalyse a depuis longtemps fait état de l'importance d'événements liés à l'enfance ou l'adolescence qui induisent un comportement ou un modèle de pensée qui persiste ensuite à l'âge adulte. Je me placerais volontairement dans le seul cadre que j'ai personnellement expérimenté, c'est à dire celui d'une jeune femme ressentant le besoin irrépressible d'être punie, fessée comme une gamine par un homme plus mûr qu'elle, cet acte étant souvent et très fortement corrélé à une excitation sexuelle et provoquant un plaisir très fort chez les deux partenaires qui, à la suite de tels jeux, font l'amour ensemble.

Dans la mise en scène de ces situations, l'homme mûr détient l'autorité, il pose le cadre, définit ce qui arrive si les limites sont franchies (la fessée et le degré de sévérité lié aux écarts de comportement) et administre effectivement cette punition lorsque les limites sont franchies.

Dans ce cadre, la fessée me semble représenter l'autorité paternelle ou "professorale" au sens large, dépendant sans nul doute des projections qui ont été faites inconsciemment lors de l'enfance et de l'adolescence au cours d'expériences vécues ou imaginaires, et dépendant à la fois de l'histoire familiale et culturelle. Ainsi en Angleterre, pays où culturellement les châtiments corporels étaient administrés dans les collèges, les scénarios professeur-élève recréant un cadre strict sont légion. L'uniforme est omniprésent et participe à la définition du cadre, ainsi que les instruments traditionnels comme le paddle ou la canne. En France, où la culture des châtiments corporels était plus "familiale", c'est plutôt la figure paternelle qui est prépondérante, et l'instrument fétiche qui ressort est le martinet.

Dans tous les cas, le schéma est celui d'un cadre, qui, s'il est transgressé, aboutit à une punition permettant d'une part de montrer quelles sont les limites à ne pas franchir et d'autre part d'expier la faute commise. Savoir qu'il y a des limites est rassurant pour tout un chacun, et on peut faire l'hypothèse que ceux ou celles ayant soit vécu pendant l'enfance - encore une fois de manière réelle ou imaginée - ce type de punition répètent en quelque sorte ce schéma à l'âge adulte. Mais pourquoi seulement un "petit" pourcentage ? On peut faire l'hypothèse, comme le montrent certains exemples fournis par la psychanalyse, que l'état émotionnel, la sensibilité de la personne (et plus encore l'hyper-sensibilité), la période au cours de laquelle la sexualité mûrit jouent un rôle non négligeable dans le fait qu'un schéma va rester anecdotique ou se mettre en place de manière durable.

Par exemple, la fessée est souvent un ingrédient dans les jeux érotiques de beaucoup de couples, sans que cela soit systématique, de même que les jeux SM "soft" (se faire attacher par un foulard par exemple).

Ces jeux peuvent devenir beaucoup plus prégnants chez d'autres personnes. Si les scénarios de professeur-élève sont plus répandus en Angleterre qu'en France, par exemple, c'est sans doute parce que la culture des châtiments corporels dans les collèges était plus forte, et subsiste ne serait-ce que par les récits et les romans traitant ou évoquant ce sujet.

La fessée, par l'excitation qu'elle est susceptible de provoquer (les fesses sont évidemment un élément très érotique), mêlée à la honte qu'elle peut provoquer (la fessée déculottée met à nu les parties les plus intimes) et l'ambigüité de la situation d'une jeune fille étant fessée par son père (encore une fois de façon réelle ou imaginaire lors de lectures) alors que l'Oedipe est là (la jeune fille étant amoureuse de la première figure masculine qu'elle a à sa disposition), en fait bien évidemment un élément émotionnel de premier plan.

Ce point est somme toute important, car il déculpabilise pour moi tout un chacun : une jeune femme rêvant de se faire recadrer comme une gamine est peut-être tout simplement une jeune femme qui a vécu une expérience forte d'éveil de son désir sexuel lors d'une fessée administrée par son père. Cette expérience peut alors mener à une situation contradictoire : d'une part la recherche d'une situation analogue d'excitation sexuelle avec la projection d'une figure paternelle chez le partenaire masculin (d'où l'attirance vers les hommes plus âgés pour les jeunes femmes) et d'autre part une forte culpabilité ressentie - la situation initiale ayant été vécue comme de type incestueux et donc constituant l'un des tabous les plus forts de l'être humain.

Faut-il s'en inquiéter ? Quelle attitude adopter ? Je n'ai pas vraiment de réponse universelle à ces questions, et je pense que chacun doit trouver sa réponse. Je peux simplement dire que refouler ses désirs pour se conformer à ce qu'on imagine être la "normalité" ambiante amène en général à de fortes frustrations qui renforcent d'autant plus à la fois le désir et la culpabilité. J'ai vécu cela.

Après tout, de manière générale, la jeune femme qui était amoureuse petite fille de son père projette plus ou moins inconsciemment cette image paternelle dans le compagnon qu'elle recherche, et il en est de même pour le jeune homme avec la projection d'une image maternelle chez sa compagne. Cette image est partielle, bien évidemment, sinon le tabou incestueux referait surface, mais c'est un grand classique. On peut faire l'hypothèse qu'une jeune femme ayant vécu une fessée réelle ou imaginée ait investi dans cet acte plusieurs points : le fait d'être rassurée d'abord par l'existence de limites qui sont posées, le fait ensuite d'être aimée puisque l'on s'occupe d'elle, et enfin le fait d'être excitée sexuellement puisque les fesses sont une partie éminemment érotique.

Vivre de nouveau ce fantasme à l'âge adulte est alors le moyen de renouer avec ces états émotionnels.

Comprendre cela est peut-être un moyen de mettre à distance sa culpabilité, en acceptant tout simplement que ce que l'on ressent fait partie de notre histoire : c'est ce que nous avons "intégré" dans notre esprit et dans notre corps. Ce n'est pas de notre faute. Il n'y a pas de jugement moral à porter sur soi-même, dans le sens c'est "bien" ou c'est "mal". Cela est, tout simplement. Je pense qu'en la matière le seul juge de paix est nous-même, c'est à dire savoir si au bout du compte la pratique de ces jeux est épanouissante ou aliénante pour soi. Pour illustrer cela, prenons l'exemple classique d'un enfant battu qui répète ce comportement auprès de ses propres enfants, parce que c'est la seule manière de s'en "occuper" qu'il a intégré. Ce schéma est évidemment néfaste.

Dans le domaine d'un couple, si la fessée est utilisée pour aliéner son partenaire, esclave de son désir, la situation devient aliénante et insupportable pour moi vu de l'extérieur : elle s'apparente à de la manipulation.

Si la fessée est pratiquée dans le cadre d'un jeu érotique entre partenaires conscients et consentants, elle peut alors devenir un chemin d'exploration de soi-même et de l'autre dans lesquels sont échangés de très beaux moments. J'ai l'habitude de dire que dans ces jeux il se "joue" quelque chose de fondamental, peut-être la répétition d'une expérience qui a été structurante pour l'individu. J'ai vécu pour ma part de tels moments. Quand cela se fait dans l'amour et le respect mutuels, cela peut être parmi les expériences les plus fortes de la vie, puisque cela mêle d'une part l'amour, d'autre part la sexualité, énergies fondamentales par excellence.

Bon, cela fait beaucoup d'hypothèses, mais il me paraissait intéressant de partager ces réflexions. Je terminerai en citant deux jeunes femmes d'un forum bien connu (OJ pour ne pas le citer ... j'adore utiliser cette figure de style qui est tout à fait hypocrite ;-) qui ont écrit en quelques phrases une belle illustration de leur ressenti de ces jeux, en tout cas qui me touche beaucoup et qui résonne en moi, et qui mêle le trouble d'être infantilisée tout en se sentant femme, joli paradoxe s'il en est (mais la vraie vie est pleine de paradoxes) :

S‘il me prend par la main tout doucement avec son regard qui me dit "alors là, tu va en recevoir une et tu sais que tu l'as méritée"... je me sens totalement "petite", "fragile" et plus il est doux plus je me sens docile. Limite hypnotisée.
Je ne cherche pas vraiment à être infantilisée, mais quand ça arrive c'est toujours délicieux. 
 
Rose


J'aime ce que tu dis là Rose...et j'aime aussi le terme "être grondée". Je trouve cela à la fois terriblement doux, chaud, sensuel, enveloppant.
J'aime me retrouver sur les genoux... raconter des secrets inavouables au creux de l'oreille... me blottir... me cacher dans son cou... rougir de confusion, en rire nerveusement, essayer de m'échapper de son emprise car j'en aurais trop dit... trop honte de moi tout d'un coup, baisser les yeux... me sentir petite dans son grand regard qui interroge... me sentir nue, dévoilée, transparente... offerte à son inquisition bienveillante. C'est de cette façon que j'aime être infantilisée, par un trouble qui me renvoie à ce que je pouvais ressentir enfant... tout en étant femme.
Am

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